Par Stéphane Boulay
Ça fait quelques années que je me suis mis à la chasse au petit gibier, la perdrix surtout. Assez pour avoir compris qu'elle a ses habitudes. Le bord des chemins en fait partie. Le petit matin aussi. Pour le reste, j'apprends en marchant, et je vais probablement continuer d'apprendre un bon bout de temps.
Cet automne, j'y suis retourné avec Martin, David et Geneviève. Des amis, des complices de plein air depuis longtemps. Trois jours de chasse à la pourvoirie Notawissi, dans les Hautes-Laurentides. Une pourvoirie membre du Groupe Mitik : plus de 200 km² à droits exclusifs, à une poignée de kilomètres de Sainte-Anne-du-Lac. Sur un territoire de cette taille, trois jours, ça passe vite.
À notre arrivée le vendredi, on s'est donné rendez-vous à l'auberge principale, autour d'un repas. La cuisine y est excellente. C'est aussi le seul souper du séjour qu'on ne fait pas nous-mêmes, ce qui lui donne un petit air de départ. Le séjour commence là, en fait. Bien avant les chemins, les cartes sur la table, la première marche dans le bois.
Le territoire : de quoi ne jamais refaire le même chemin
Notawissi est au nord de Mont-Laurier. De Montréal, c'est l'autoroute 15, la 117 jusqu'à Mont-Laurier, puis la 309 en direction de Sainte-Anne-du-Lac. D'Ottawa, on rejoint la 309 au nord de Mont-Laurier.
Ce qui compte pour la perdrix, c'est le réseau de chemins et ce qui pousse en bordure. Coupes récentes, repousses, bordures de trembles. Du mélange de résineux et de feuillus, surtout : les résineux pour se cacher, les feuillus pour manger. On change de secteur trois fois dans la même journée sans jamais repasser au même endroit. Et comme on se sépare presque toujours, seul ou à deux, personne ne se marche sur les pieds. La gélinotte huppée, qu'on appelle perdrix par ici, y côtoie la bécasse et le lièvre.
Une journée à la perdrix
Le matin, on fait le point avec l'équipe. Quels secteurs ont été fréquentés par les chasseurs la veille? L'état des chemins, les secteurs ouverts, les consignes.
On part de bonne heure. Mes meilleures récoltes sont arrivées peu après le lever du soleil ou en fin de journée, quand les perdrix se tiennent plus volontiers sur les bords de sentiers. L'explication qu'on entend, c'est le gravier : la perdrix en avale pour broyer sa nourriture, et un chemin forestier lui en offre à volonté. Le soleil qui réchauffe le gravier au petit jour ferait le reste. Je n'ai rien vérifié, mais ça se tient avec ce que je vois.
Ceci dit, mon beau-père a une meilleure réponse que la mienne. Le meilleur moment pour chasser, qu'il dit, c'est celui où tu tournes la poignée de porte pour y aller.
Après ça, c'est notre rythme. On avance sur un chemin, on surveille les bordures, on ouvre l'œil dans le jeune bois. Un secteur, puis un autre. La perdrix demande de l'attention et une bonne lecture du terrain, mais elle laisse aussi de la place aux pauses et à la jasette. C'est une chasse qui permet de parler.
La limite quotidienne, au Québec, c'est cinq gélinottes par chasseur. Quinze en possession. On l'a atteinte presque chaque jour.
Le territoire porte bien sa réputation, disons-le. La difficulté, chez nous, n'a jamais été de lever des oiseaux; elle est de décider quand on arrête. Le quota reste un plafond. Personne dans le groupe ne le traite comme une cible à atteindre.
Trois jours à cinq oiseaux par chasseur, ça ferait quinze. La limite de possession au chiffre près. On n'y arrive pas, et c'est voulu : une partie de la récolte ne sort jamais du territoire, on la mange sur place.
Aucune journée n'a ressemblé à la précédente. La météo tourne, le bois change d'un secteur à l'autre, et savoir où chercher aide beaucoup sans jamais rien garantir. Intéressant et frustrant dans la même avant-midi, parfois.
Vélo électrique, côte à côte, marche : trois façons de couvrir le territoire
Sur un séjour de perdrix, je ne chasse pas deux jours de la même manière.
Près de la moitié du temps, je prends le vélo à assistance électrique. C'est mon moyen préféré, et de loin. On dépasse les 30 km/h sur les chemins, avec assez d'autonomie pour tenir la journée sans y penser. Une trentaine de kilomètres dans une journée ordinaire. Une quarantaine quand on pousse. On roule, on repère une bordure qui a l'air bonne, on appuie le vélo contre un arbre, on marche le secteur, on revient, on repart vers le suivant. Trois ou quatre secteurs dans la journée au lieu d'un seul.
Les vélos sont équipés pour la chasse : un support pour accrocher l'arme, un panier pour les prises. On n'a rien sur le dos. Parfois, on peut y mettre son arme, si on préfère au porte-arme sur les guidons.
Et il y a l'exercice, qui compte pour moi. On rentre le soir avec les jambes qui ont travaillé.
D'autres jours, c'est le véhicule tout terrain, le côte à côte. Il va plus loin, plus vite, et il embarque le monde avec l'équipement et les prises. On roule jusqu'au secteur visé, on débarque, on marche. Il sert à se rendre. Jamais à tirer. Vélo ou côte à côte, on finit par arriver aussi loin; ce qui change, c'est l'effort qu'on met et le bruit qu'on fait.
Dans les deux cas, on marche. Beaucoup. Et c'est tant mieux.
Notre deuxième journée résume assez bien la méthode. On est partis en côte à côte, sans revenir dîner. La veille, on avait demandé qu'on nous prépare des lunchs, et ça a tout changé : pas d'aller-retour au midi, donc pas d'heures perdues sur les chemins, et l'accès aux parties les plus reculées du territoire. Le côte à côte fait la liaison d'un secteur à l'autre et transporte tout, les lunchs comme la glacière. Une fois rendus, on marche des sentiers que presque personne n'emprunte. La seule raison, c'est qu'ils sont trop loin pour une demi-journée.
Les lunchs, en passant, c'est le genre de chose à demander avant d'arriver. La veille au plus tard.
L'équipe de Notawissi confirme avant le séjour la disponibilité des vélos, les secteurs accessibles, les modalités de location et les équipements de sécurité requis. Les conditions varient selon la météo et l'état des chemins.
Sur la même famille de chasse, en hiver, une autre expérience : Colleter le lièvre au Québec, cinq jours dans le vrai bois des Hautes-Laurentides.
Comment la perdrix se présente
Trois situations reviennent, séjour après séjour.
Au moins un tiers de mes prises se font sur le bord du chemin. Je la repère de loin en roulant, je m'arrête, je pose le vélo, j'avance tranquillement. Et c'est là que ça se joue. L'erreur, c'est de vouloir s'approcher trop : elle décolle et on la perd. Mieux vaut se faire confiance et tirer d'un peu plus loin. J'ai perdu assez d'oiseaux pour l'avoir appris.
Le vélo aide beaucoup là-dedans. Il roule lentement, on a le temps de voir. Et sans bruit, donc l'oiseau n'est pas déjà parti quand on descend.
Quand elle rentre dans le bois au lieu de s'envoler, on la suit doucement. À deux, on avance en battue, chacun de son bord.
Sinon elle lève devant nous et se tire au vol. Et quand on la manque, le réflexe, c'est de suivre le vol des yeux jusqu'au bout. Souvent elle se branche, et on la retrouve immobile dans un arbre un peu plus loin.
Le soir, le feu et le mijoté de perdrix
On rentre à la brunante. Bottes à la porte, équipement rangé, et enfin le temps de se poser.
Les chalets sont sur le site principal, au bord du lac. Cuisine, salon, salle de bain, poêle ou foyer au bois. Notawissi offre le plan américain, repas compris, et le plan européen, où on cuisine soi-même. Nous, c'est le deuxième. Sauf le premier soir à l'auberge, tous nos repas se font au chalet, et ça fait partie de ce qu'on vient chercher aussi.
Avant de cuisiner, il y a le plumage. Je m'y mets en fin de journée, sur du papier journal étalé : tout se ramasse d'un coup, plumes et abats compris. On nettoie ensuite sous l'eau, en cherchant les plombs qui restent parfois dans la chair. La viande finit dans des petits sacs hermétiques. Une partie pour les soupers du séjour, l'autre pour le retour.
Au moins un souper se fait à la perdrix. Le plus souvent un mijoté, qui prend son temps et qui vaut largement l'attente. En entrée, des croquettes de perdrix qu'on déguste avec un petit blanc bien frais. C'est notre apéro pendant que le reste mijote. On coupe la viande en petits morceaux, huile d'olive et chapelure Panko : excellent. Ce qu'on a levé le matin se retrouve dans l'assiette le soir.
Après, on sort autour du feu. C'est là que la journée se raconte pour vrai : on compare les secteurs, on refait les coups manqués, on décide où aller demain. Puis les éternels jeux de société, à l'intérieur. Les Colons de Catane cette fois, comme presque chaque voyage. On se couche tôt, et personne ne s'en plaint.
Ce qu'il faut savoir avant de venir
Notawissi propose deux périodes de forfaits de petit gibier à l'automne : de la mi-septembre au début d'octobre, puis de la fin octobre à la fin novembre. Les dates exactes de l'année en cours sont sur la page de la pourvoirie.
Les deux blocs ne se chassent pas pareil. En début d'automne, la forêt est multicolore et c'est un plaisir de la parcourir, mais le feuillage cache les oiseaux. Plus tard, les feuilles sont à terre et il fait plus froid. En échange, il tombe souvent une mince couche de neige qui laisse voir les traces au sol, et là, suivre une perdrix devient bien plus facile. Moi, je choisis quand même le début d'automne. Pour les couleurs.
Les forfaits réunissent l'hébergement en chalet, le droit de chasse et l'accès au territoire exclusif, pour un séjour de deux jours minimum, avec ou sans repas selon la formule. Le chien de chasse est accepté, avec supplément.
Côté équipement, rien d'exotique :
- des vêtements pour les écarts de température et du haute visibilité conforme à la réglementation;
- des bottes qui tiennent dans les chemins et les sous-bois;
- de l'eau, des collations, une trousse de premiers soins;
- de quoi s'orienter et communiquer;
- de quoi cuisiner si vous prenez le plan européen;
- une glacière et des sacs hermétiques pour le retour;
- le nécessaire pour le chien, le cas échéant.
Si vous cuisinez au chalet, faites votre épicerie avant de monter. Mont-Laurier est la dernière ville d'importance sur la route, et le territoire commence pas mal plus loin.
Chaque participant doit détenir son permis. La limite de prise est de cinq gélinottes, tétras ou perdrix grises par jour, et de quinze en possession en tout temps. Les règles sur les armes, les munitions et les périodes relèvent de la réglementation québécoise en vigueur.
Ce que j'en rapporte
Quelques sacs de viande dans la glacière. Puis, une fois rentré, un souper de perdrix à la maison.
On partage avec ceux qui n'étaient pas là. Ma famille, des proches. On mange, et je raconte le territoire, la journée de quarante kilomètres, le feu, le mijoté au chalet. Ils écoutent plus longtemps que je pensais.
Et à peu près chaque fois, quelqu'un finit par demander s'il peut venir l'automne prochain.
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